Qu’est-ce qu’un document historique original ?

Dans quelles conditions définir la notion « d’original » ?

Pour qu’il y ait « original », il faut qu’il y ait intervention écrite de la main de l’auteur sur tout ou partie d’un document.

Jusqu’à la Révolution française, les rois de France confiaient la rédaction de leurs lettres officielles à des secrétaires à qui ils déléguaient également leur signature. Ainsi par rapport au nombre élevé de documents portant leur paraphe, il en existe relativement peu sur lesquels la personne royale soit intervenue. Napoléon, lui ne délégua jamais sa signature. Les corrections d’épreuves pratiquées par les écrivains sont également des originaux très recherchés.

Les collections de lettres manuscrites d’hommes célèbres

Aucun document imprimé n’apportera jamais la même émotion qu’une lettre, surtout si elle est écrite de la main d’un personnage célèbre. Ces documents autographes constituent des témoignages irremplaçables et apportent un éclairage spontané qui peut parfois remettre en cause des faits historiques que l’on croyait acquis.

L’histoire des collections de lettres autographes

La quête des documents remonte pratiquement à la naissance de l’écriture : Sumériens, Egyptiens, Grecs, Hébreux, Chinois conservaient des témoignages de leurs écrits.
C’est au milieu du 19e siècle que se constituent en France de grandes collections de lettres autographes, en même temps que ces dernières acquièrent une valeur marchande. Vers 1825 – 1830 apparaissent les premières ventes publiques d’autographes.

ARISTOPHIL s’est depuis longtemps spécialisé sur l’achat et la revente de documents historiques et de lettres manuscrites autographes originales.

Ecrits et manuscrits : l’émotion de papier

Y a-t-il plus importante invention que celle de l’écriture ?

Dans l’histoire de l’humanité, y a-t-il plus importante invention que celle de l’écriture ? On ne peut imaginer quel progrès fulgurant fut cette patiente mise au point d’un système scripturaire, sans doute entre Tigre et Euphrate, chez les Sumériens, il y a près de 5000 ans, puis, peu de temps après, sur les rives du Nil. Ces systèmes d’écritures étaient encore archaïques, avec de très nombreux signes rendant la langue et sa grammaire fort complexes, un peu comme l’est encore aujourd’hui l’écriture chinoise. D’où le deuxième bond de géant, celui de l’invention de l’alphabet, sur les rives de la Méditerranée, peut-être à Ugarit vers le 14ème siècle avant notre ère.

Ces deux inventions nous permettent aujourd’hui la connaissance, le savoir, l’histoire… Bref, elles jettent un pont entre les êtres et les civilisations disparues, entre le présent et le passé, entre actualité et histoire. Pour saisir pleinement ce qu’est la force de l’écrit, il n’est qu’à mesurer dans quelle ignorance nous sommes des cultures qui n’utilisaient pas l’écriture et qui n’ont pas laissé de textes. C’est le cas notamment de toutes les civilisations précolombiennes d’Amérique du Sud. Ainsi nous n’avons aucune connaissance de l’histoire des Incas avant l’arrivée des Espagnols en 1525. Les témoignages existent mais ils sont muets, désespérément muets : aucun nom, aucun prénom, aucun poème, aucune lettre d’amour, aucun traité, rien ! Un silence de pierre, comme celui de l’Egypte jusqu’à la découverte du secret des hiéroglyphes par Jean-François Champollion.

« Dis-moi comment tu écris, je te dirai qui tu es »

On le voit, l’écriture est un moyen essentiel de connaissance des cultures, elle est aussi un miroir de l’âme humaine. « Dis-moi comment tu écris, je te dirai qui tu es ». Avant le formidable développement des communications électroniques, la lettre restait le moyen imparable de communication. Beaucoup se souviennent de l’émotion ressentie à l’annonce d’une lettre reçue, à l’école, à l’internat, à la caserne, dans la colonie de vacances, en prison.

Quand ces lettres venues du passé ont été conservées, elles se chargent d’un puissant parfum, évocateur d’une époque, d’un pays, d’une personne chère. Qu’il s’y ajoute la célébrité, nous atteignons alors au document historique. Sans être graphologue patenté, il est facile de reconnaître à son écriture, le caractère de tel ou tel personnage célèbre. L’écriture fine et serrée, minutieusement appliquée de Proust correspond bien à l’auteur maniaque, et parfois acide, de la Recherche du tems perdu. D’autres aussi ont une écriture qu’on peut trouver particulièrement sage : c’est le cas de Paul Gauguin dont l’écriture appliquée et raffinée ne correspond pas forcément à l’idée qu’on se fait du fondateur de l’Ecole de Pont-Aven. C’est que, avant le téléphone, le manuscrit bénéficiait d’un statut élevé dans la hiérarchie des valeurs et les lettre étaient rédigées avec un soin particulier, avec un respect évident de la chose écrite et du destinataire.

La lettre nous parle

Ce qui transparaît immédiatement au contact de telles lettres, c’est l’émotion. Rien ne nous rapproche plus d’un être cher ou célèbre qu’une lettre autographe, plus peut-être qu’un portrait, infiniment plus qu’un souvenir ou qu’un objet. La lettre nous parle, elle nous raconte son papier, riche ou frustre, elle nous parle de son format, large ou étriqué, elle nous récite son texte par les cursives, les pleins et les déliés, par la couleur et l’intensité de l’encre comme si nous sondions encore son odeur venue du fond des encriers.

Un extraordinaire jeu de miroirs peut aussi se mettre en mouvement quand il nous est donné de surprendre jusqu’à l’indiscrétion une conversation entre deux êtres dont l’Histoire a gardé mémoire. Chopin à George Sand, Gauguin à Pissarro. Le manuscrit nous livre les petits faits de la vie des grands hommes : Claude Debussy intervenant pour son frère auprès du ministre Louis Barthou, John Kennedy raturant tel ou tel note ou discours, Pasteur surajoutant des annotations.

En plus de la valeur sentimentale, ces lettres et manuscrits acquièrent une grande valeur marchande

Ces lettres et ses manuscrits liés au personnage dont ils nous renvoient une image à peine déformée, suivent la même gloire que leur auteur. En plus de la valeur sentimentale, ils acquièrent parfois une grande valeur marchande, en fonction de leur rareté, de l’auteur, de l’importance du sujet traité, de la forme utilisée et du destinataire. Une page autographe de La Recherche du temps perdu se négociera plusieurs dizaines de milliers d’euros. Naturellement, le temps faisant patiemment son œuvre, les auteurs anciens sont plus rares que les récents. Une partition de Beethoven devient une réelle rareté, de même que Rossini. Une partition de Mozart serait un évènement mondial, alors que Debussy n’est pas d’une extrême rareté.

La lettre et le manuscrit historiques deviennent ainsi de véritables moyens d’investissement, comme le sont déjà les œuvres peintes ou dessinées. D’ailleurs, les Grecs ne s’y trompaient pas, puisque c’est le même mot graphein qui désigne, en grec ancien, l’écriture et le dessin.

Les moyens actuels de communication entre les hommes sont tels que l’écrit scripturaire a considérablement reculé, en raison de l’utilisation intensive du téléphone et des messageries de toutes sortes. En terme de manuscrit, il ne restera de nous que quelques lettres d’embauche bien appliquées, quelques testaments autographes, quelques brouillons épars. Les images remplacent les écrits. Nous écoutons et nous regardons plus que nous ne lisons, mais sachons garder intacte notre capacité d’émotion au contact passionnant de cette histoire qui se déroule sous mos yeux et qui se glisse entre nos doigts.