Les collections de dessins, aquarelles, études et esquisses

Les œuvres sur « papier » connaissent une vogue particulière en raison du développement du marché international. Le dessin s’est hissé au rang d’art majeur.
Il a été renforcé par la raréfaction toujours croissante des tableaux de maîtres, dont certains ont disparu du circuit commercial comme Raphaël, Dürer ou Léonard de Vinci.

Le goût du public s’est développé pour ces œuvres dites « préparatoires » : esquisses, croquis, études, aquarelles, lavis qui dévoilent le cheminement de la pensée de l’artiste.

Ce type de valeurs réunit le plaisir esthétique et les qualités d’un placement profitable. De part leur prix, leur acquisition constitue aujoud’hui un excellent placement à moyen terme.

Le dessin, valeur sûre des arts

« Le dessin, valeur sûre des arts ». Tel était le titre, en première page du Journal des Arts, de l’article consacré à l’édition 2001 du Salon du Dessin, le rendez-vous majeur des amateurs et collectionneurs de « belles feuilles ». L’engouement, à la fois récent et continu, d’un public de plus en plus large, pour un domaine qu’on a longtemps cru réservé à un cénacle restreint de connaisseurs, n’a rien de fortuit. On ne peut méconnaître le rôle primordial joué par quelques illustres figures des siècles passés dans la constitution des principales collections de dessins désormais abritées dans les musées – et l’on pense inévitablement aux Jabach, Crozat, Mariette, Arundel, Vallardi et autres Lugt. Il semble bien que la moindre petite étude de Tiepolo captive des regards toujours plus nombreux, où brille une passion inédite. Cette passion, qui tient parfois de la ferveur, est, on le sait, à l’origine de nouvelles vocations de collectionneurs.

Le dessin, mode d’expression commun à tous les artistes

Des raisons variées peuvent expliquer ce phénomène, et elles sont avant tout intrinsèquement liées au statut particulier du dessin. Ce dernier est en effet le mode d’expression commun à tous les artistes. Jusqu’au début du XXe siècle en tout cas, quel architecte, quel sculpteur, quel orfèvre, et bien entendu quel peintre pouvait réaliser son œuvre sans recourir préalablement à l’esquisse, à l’étude, au modello, bref sans transcrire son projet de façon plus ou moins aboutie ? Aussi, quelle que soit la forme d’art à laquelle on s’intéresse, on en arrive nécessairement au dessin pour peu qu’on envisage, au-delà de l’œuvre achevée, son processus d’élaboration. Cette situation du dessin au plus près de l’artiste et de son imaginaire, l’immédiateté et la spontanéité qui le caractérisent, lui confèrent une incontestable sincérité. Ingres ne dit pas autre chose lorsqu’il énonce son fameux aphorisme : « Le dessin est la probité de l’art ». Il est en effet, plus que tout autre support, le reflet, ou mieux le révélateur, des qualités authentiques de son auteur. De même qu’un manuscrit, avec son type d’écriture, ses retouches et ses ratures sont autant d’indices d’une personnalité bien définie, de même en est-il du dessin, de ses traits multiples et de ses pentimenti. Ce n’est au demeurant pas un hasard que le même verbe en grec, graphein, désigne à la fois l’acte d’écrire et celui de dessiner. Et c’est véritablement cette écriture intime, que l’artiste apprend lors de ses années de formation, pour la faire sienne ensuite, qui constitue, tout au long de sa carrière, le plus sûr élément de son originalité artistique – en d’autres termes son style. Art de l’idée, d’une idée immédiate et par la suite retravaillée, traduction fidèle des réflexions poussées et des interrogations parfois douloureuses d’un artiste qui cherche et qui doute (par ailleurs transcrites au moyen d’une diversité de techniques qui enrichissent encore son « vocabulaire »), le dessin témoigne ouvertement d’un « supplément d’âme » qui fait tant aujourd’hui pour sa reconnaissance.

Le succès des arts graphiques

Aussi comprend-on aisément le succès croissant des manifestations, toujours plus nombreuses, consacrées aux arts graphiques. Qu’il s’agisse d’expositions temporaires – où les loupes, qu’on y distribue maintenant, tendent à répondre aux exigences d’un public sensible aux moindres détails, qu’il s’agisse d’expositions permanentes – où la place dévolue aux œuvres sur papier devient toujours plus importante, comme c’est le cas au Musée national d’Art moderne depuis le récent aménagement d’un « Cabinet d’Art graphique », qu’il s’agisse enfin de la remise au goût du jour, dans la tradition hollandaise des XVIIe et XVIIIe siècles, des « réunions de dessins » organisées par la Fondation Custodia, on a là autant de signes qui attestent le fort pouvoir attractif du dessin.
Comment s’étonner alors que telle feuille, rare il est vrai, de Bronzino ait pu atteindre aux enchères la somme de 10,6 millions de francs (1,6 millions d’euros), et qu’elle ait été revendue peu après par le marchand qui l’avait acquise, et cela avant même l’ouverture du Salon du Dessin dont elle était l’un des fleurons ? Et on n’est pas plus surpris d’apprendre que, l’année dernière, une sanguine d’Hubert Robert a vu sa valeur estimée tripler, à plus de 530 000 euros – constituant, là aussi, un sommet encore jamais atteint pour un dessin de l’artiste. Le marché du dessin, décidément, a de beaux jours devant lui…

La peinture ancienne, un secteur attractif

La peinture ancienne, à cette enseigne, n’est pas en reste, tant s’en faut. Les dernières ventes dans ce domaine sont allées au delà de toute espérance. Parmi les ventes les plus spectaculaires, citons celle du 11 juillet 2002 (Sotheby’s, Londres), où le Massacre des Innocents de Rubens s’est arraché à plus de 49,5 millions de livres (79,2 millions d’euros), ou encore celle du 23 janvier 2003 (Sotheby’s, New York), où le dernier Mantegna encore sur le marché a trouvé preneur à 25,5 millions de dollars. C’est dire combien la peinture ancienne de qualité demeure un secteur attractif, un placement solide et rentable. Et il n’est peut-être pas inutile de rappeler que si la peinture ancienne connaît un essor plus modéré sans doute que sa cadette – Quand à la peinture moderne et contemporaine, elle est beaucoup moins sensible que cette dernière à la spéculation erratique, et partant éminemment risquée : actuellement inscrite dans une perspective haussière. Elle ne connaît guère de violents retournements de tendance.

La peinture, socle le plus solide du marché de l’art

La peinture ancienne reste, bon an mal an, le socle le plus solide du marché de l’art. A cela, sans doute une bonne raison : la peinture est et demeure indéfectiblement synonyme de collection. A l’instar du musée dont la célébrité repose avant tout sur ses collections de tableaux, la peinture vient communément à l’esprit dès qu’on parle d’art. La peinture ancienne, par ailleurs, œuvre aboutie s’il en est, a un pouvoir évocateur extrêmement fort, du fait notamment de sa lisibilité le plus souvent immédiate. Séduisant le spectateur au premier regard, elle passe – à tort ou à raison – pour être plus facile d’accès. Toujours est-il que la peinture ancienne demeure, classiquement, l’élément constitutif de base du collectionneur, qu’il ressorte de l’amateur éclairé ou du gestionnaire avisé.
La croissance dans ce domaine n’est cependant pas parfaitement linéaire ni homogène. Ainsi, il semble qu’apparaît un écart, toujours plus grand, entre chefs-d’œuvre et peintures de qualité, certes, mais de moindre importance. Une relative pénurie sur le marché de ces derniers, se raréfiant au fur et à mesure de leurs acquisitions par les institutions muséales, explique pour une large part les records précédemment cités. Mais il faut sans doute s’attendre à ce que, par ricochet, les prix des « seconds couteaux » se réveillent et que, partant, ce fossé, creusé à l’aune de la célébrité et de la rareté, tende, à moyen terme, à se combler. Par ailleurs, si des secteurs, tels celui de la veduta ou de la peinture de genre, continuent à avoir le vent en poupe, d’autres, traditionnellement moins attractifs et passablement délaissés jusqu’alors, semblent aujourd’hui susciter un vif regain d’intérêt. C’est notamment le cas du portrait de manière générale ou de la peinture « sérieuse » dans son ensemble.